22/10/2007

Prise du pouvoir des consommateurs : A quoi ça sert...???

a0bc3054896b017f53095a596461bb61.jpg


Dans ma note du 30 septembre "Marketing de l'inculture : Attali triomphe..."
Je vous faisais part de mon étonnement de voir" l'homme le plus intelligent de France" découvrir l'oeuvre de Max Weber (sans jamais le citer) devant des journalistes admiratifs.

A l'heure ou mes autres camarades de la plate-forme annoncent la prise de pouvoir du consommateur, je voudrai attirer votre attention sur ce livre sorti récemment qui livre une analyse d'autant plus pertinente qu'elle émane d'un ancien conseiller de Clinton et de Howard Dean : Benjamin Barber.

en voici, le résumé :

"Consommateurs ou citoyens ? D'ordinaire, les deux termes ne sont pas jugés antagoniques. Benjamin Barber démontre qu'ils le sont. Car le capitalisme a radicalement changé. S'il a pu être historiquement associé à des vertus qui ont aussi contribué à fonder la démocratie, il est aujourd'hui lié à des vices qui la détruisent.

L'"éthique protestante" de Max Weber, qui privilégiait le travail, l'épargne, la vie simple, la probité, la responsabilité et une économie oeuvrant à la satisfaction de vrais besoins, s'est muée en son contraire : un "éthos infantiliste" qui glorifie la consommation, la superficialité et la dépense inutile pour assouvir de faux besoins. Les ex-citoyens sont transformés en grands enfants, tandis que les vrais enfants et les adolescents deviennent l'épicentre et la cible privilégiée du marketing.

Benjamin Barber étudie sous divers angles cette régression culturelle, insistant notamment sur les progrès extravagants d'une privatisation qui dynamite le contrat social et n'épargne même plus les fonctions régaliennes de l'Etat, comme la police et l'armée, ou encore sur la création d'identités factices autour des marques.

Comment en finir avec cette éclipse de la démocratie, avec cette vie publique "schizophrénique" ? Pour l'auteur, ce n'est pas en essayant de miner le capitalisme consumériste de l'intérieur, en tant que consommateurs, ni en tentant de le brider, comme autrefois, dans le cadre devenu étriqué d'un Etat national. Le remède aux maux qui accablent la démocratie au sein des nations, c'est plus de démocratie entre les nations, et une action citoyenne mondial

Commentaires

La prise de pouvoir des consommateurs !

Cela a t-il un sens ? Moi je trouve que c’est en phase avec la tendance populiste actuelle du : « c’est vous qui avez le pouvoir ». Non nous n’avons pas le pouvoir, et le pouvoir se conquiert par la politique, et seule la politique peut défendre les intérêts des citoyens. C’est d’ailleurs en partie là qu’elle prend son sens. Le droit à consommer remplacerait-il le droit à voter ? Peut être que les gens se demandent pourquoi les choix de votes sont si pauvres en effet, alors que les choix des étalages de supermarché sont riches de produits divers et variés. La vie publique est « schizophrène », car les limites entre vie publique et vie privée se font de plus en plus minces. Pourquoi avons nous besoin d’hommes politiques finalement ? C’est peut être la question à se poser. Qu’est ce qui fait la différence entre un pays dirigé par un homme politique qui aspire à une forte croissance et un chef d’entreprise qui aspire à la même chose ? L’un des dangers pour la démocratie est justement de voir les hommes politiques se comporter comme des gestionnaires, et de voir les citoyens se désintéresser de la politique. Une réflexion qui peut éventuellement faire avancer la question :

« S’il est vrai, comme l’affirme Arendt dès 1954, que les problèmes fondamentaux du monde moderne « sont ceux de l’organisation politique des sociétés de masse et de l’intégration politique du pouvoir technique », alors cela signifie que la question de la technique doit devenir la question centrale de la pensée politique au XXe siècle. C’est précisément parce que l’homme de la « société de masse » a perdu le sens commun qu’il a pu abandonner totalement le domaine politique à des gestionnaires technocratiques, et que ceux-ci ont pu devenir à l’occasion des « criminels de bureau ». Inversement, c’est parce que le schéma instrumental de la fabrication s’est imposé comme mode de gouvernement à l’époque contemporaine, que les sociétés humaines sont devenues des sociétés où les hommes apparaissent comme superflus. »

Source : http://tto45arendt.unblog.fr/2007/07/05/
un-pays-nest-pas-une-entreprise-les-dangers-de-la-confusion
-entre-oeuvre-et-action-faire-et-agir/

Écrit par : Daniel Coulaud | 22/10/2007

comme toujours, tu mets le doigt sur la réalite, c'est d'ailleurs le sens de ce livre qui explique les antagonismes entre consommateurs et citoyens, et c'était aussi le sens de mes propos , il ne sert à rien aujourd'hui de laisser le pouvoir à des consommateurs dont la vie est hélas vidé de tous sens hors consommer...

D'ailleurs" le consommateur ne trouve pas ce qu'il désire, il désire ce qu'il trouve"
Guy Debord

Écrit par : necronomie | 22/10/2007

Les commentaires sont fermés.