24/05/2020

Changement d'herbage réjouit les veaux


Kenneth Rogoff dont les travaux cités par tous lors de la crise de 2008 et qui était un apôtre de l’austérité puisque ces travaux portaient sur le fait qu’un État ne pouvait pas dépasser un endettement de plus de 90% de son PIB, a bien changé puisque maintenant, il est partisan des taux négatifs et de l’helicopter monnaie ! Et mieux que ça taxer les dépôts des riches et la thésaurisation des fonds de pension, des assureurs et des sociétés financières. Sa nouvelle théorie consiste donc à aller plus loin dans les taux négatifs si on veut éviter une restructuration totale de la dette. Autrement dit le libéral austère est à deux doigt de virer Mélenchoniste d'avant l'étendue de la catastrophe.

 

Morceaux choisis
Seule la politique monétaire s’adresse au crédit dans l’ensemble de l’économie. Jusqu’à ce que l’inflation et les taux d’intérêt réels augmentent de la tombe, seule une politique de taux d’intérêt négatifs profonds efficaces, soutenue par des mesures visant à empêcher la thésaurisation des liquidités par les entreprises financières, peut faire le travail.
Pour ceux qui considéraient les taux d’intérêt négatifs comme un pont trop loin pour les banques centrales, il est peut-être temps de réfléchir à nouveau. À l’heure actuelle, aux États-Unis, la Réserve fédérale, soutenue à la fois implicitement et explicitement par le Trésor, est sur la bonne voie pour rembourser pratiquement tous les crédits privés, étatiques et urbains de l’économie. De nombreux autres gouvernements se sont sentis obligés de prendre des mesures similaires. Une crise unique (nous l’espérons) appelle une intervention massive du gouvernement, mais cela doit-il signifier une dispense de mécanismes d’allocation fondés sur le marché ?
Les garanties générales de la dette sont un excellent dispositif si l’on estime que le stress récent du marché n’était qu’un resserrement des liquidités à court terme, qui sera bientôt atténué par une forte reprise soutenue après le COVID-19. Mais que se passe-t-il si la reprise rapide ne se concrétise pas? Et si, comme on le soupçonne, il faut des années pour que les États-Unis et l’économie mondiale reviennent aux niveaux de 2019? Si c’est le cas, il y a peu d’espoir que toutes les entreprises resteront viables, ou que chaque État et chaque gouvernement local resteront solvables.
Un meilleur pari est que rien ne sera le même. La richesse sera détruite à une échelle catastrophique, et les décideurs devront trouver un moyen de s’assurer que, au moins dans certains cas, les créanciers prennent part au coup, un processus qui se déroulera au cours d’années de négociation et de litiges.
Pour les avocats et les lobbyistes de faillite, il s’agira d’une aubaine, dont une partie proviendra de la pression des contribuables pour honorer les garanties de renflouement. Un tel scénario serait un gâchis impie.
Maintenant, imaginez que, plutôt que de renforcer les marchés uniquement par le biais de garanties, la Fed pourrait pousser la plupart des taux d’intérêt à court terme à travers l’économie à près ou en dessous de zéro. L’Europe et le Japon ont déjà atteint un territoire à taux négatif. Supposons que les banques centrales ont repoussé la fuite d’aujourd’hui dans la dette publique en allant plus loin, en réduisant les taux directeurs à court terme à, disons, -3% ou moins.
Pour commencer, tout comme les réductions dans le bon vieux temps des taux d’intérêt positifs, les taux négatifs soulèverait de nombreuses entreprises, États et villes de défaut. S’il est fait correctement - et les données empiriques récentes appuient de plus en plus cela - les taux négatifs fonctionneraient de la même manière que la politique monétaire normale, stimuler la demande globale et accroître l’emploi. Donc, avant d’effectuer une opération de restructuration de la dette sur tout, ne serait-il pas préférable d’essayer une dose de stimulus monétaire normal? Un certain nombre d’étapes importantes sont nécessaires pour rendre les taux négatifs profonds réalisables et efficaces. Le plus important, qu’aucune banque centrale (y compris la BCE) n’a encore pris, est d’empêcher la thésaurisation à grande échelle de liquidités par les sociétés financières, les fonds de pension et les compagnies d’assurance. Diverses combinaisons de réglementation, des frais variables dans le temps pour les dépôts à grande échelle de liquidités à la banque centrale, et l’élimination progressive des billets de grande valeur devraient faire l’affaire.
Ce n’est pas sorcier (ou devrais-je dire virologie?). Avec la thésaurisation à grande échelle des liquidités retirée de la table, la question de la répercution des taux négatifs aux déposants bancaires - la préoccupation la plus sensée - serait éliminée. Même sans empêcher la thésaurisation en gros (qui est risquée et coûteuse), les banques européennes ont de plus en plus été en mesure de répercuter les taux négatifs sur les grands déposants. Et les gouvernements n’abandonneraient pas beaucoup en protégeant complètement les petits déposants des taux d’intérêt négatifs. Encore une fois, étant donné suffisamment de temps et de planification, il est simple de le faire. Les taux d’intérêt négatifs ont suscité un blizzard d’objections. Bien qu’une réponse budgétaire soit nécessaire, la politique monétaire est également très nécessaire. Seule la politique monétaire s’adresse au crédit dans l’ensemble de l’économie. Jusqu’à ce que l’inflation et les taux d’intérêt réels reviennent de leur tombe, seule une politique de taux d’intérêt négatifs profonds efficaces peut faire le travail. Une politique de taux profondément négatifs dans les économies avancées serait également une aubaine pour les économies émergentes et en développement, qui sont frappées par la chute des prix des produits de base, la fuite des capitaux, la dette élevée et la faiblesse des taux de change, sans parler des premiers stades de la pandémie. Même avec des taux négatifs, de nombreux pays auraient encore besoin d’un moratoire sur la dette. Mais un dollar plus faible, une croissance mondiale plus forte et une réduction de la fuite des capitaux aideraient, surtout en ce qui concerne les grands marchés émergents.. Les lobbyistes influents des banques détestent les taux négatifs, même s’ils n’ont pas besoin de saper les profits des banques s’ils sont faits correctement. La profession de l’économie, hypnotisée par d’intéressants résultats contre-intuitifs qui surviennent dans les économies où il y a vraiment une limite nulle sur les taux d’intérêt, doit partager une partie du blâme.
La mise en œuvre d’urgence de taux d’intérêt profondément négatifs ne résoudrait pas tous les problèmes d’aujourd’hui. Mais l’adoption d’une telle politique serait un début. Si, comme cela semble de plus en plus probable, les taux d’intérêt réels d’équilibre devraient être plus bas que jamais au cours des prochaines années, il est temps pour les banques centrales et les gouvernements de donner un regard long, dur et urgent.

21/08/2019

Par ici la sortie...Stagnation séculaire ou déflation ?

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Récemment. Jean-Claude Trichet, ancien président de la BCE, déclarait. « les banquiers centraux ont tout fait pour éloigner le risque déflationniste. Désormais, la balle est dans le camp des gouvernements et des partenaires sociaux afin d’augmenter les coûts unitaires de production » (qui combine les augmentations de traitements et salaires, et les progrès de productivité). Et d’expliquer : « il y a une anomalie dans la situation présente qui maintient une inflation faible dans les pays avancés. Ces coûts unitaires de production désespérément bas se traduisent par un mécontentement dans la population ». Traduction, les salaires doivent augmenter plus rapidement. Mais c’est le travail « des autres partenaires qui ne sont pas les banques centrales ».


Sur une reprise de plus d'une décennie, nous sommes maintenant dans un scénario où les banques centrales sont essentiellement piégées à zéro ou près de zéro. La signalisation du marché est morte, les fondamentaux n'ont pas d'importance. Les marchés restent irrationnels. Imaginez que le PIB mondial est de l’ordre de 80 000 milliards de dollars et qu’il y a environ 240 000 milliards de dollars en circulation. Où est l’argent si il ne circule pas dans l’économie réelle où les gens travaillent réellement ?
Où est l’inflation voire l’hyper inflation que cette profusion d’argent aurait due provoquer ?
Personne ne la voit et pour cause, il n’y en a pas.
la baisse des taux d'intérêt dure depuis plus de 10 ans excepté aux USA où les taux sont remontés avant de redescendre. L'argent neuf a bénéficié à ceux qui l'ont reçu en premier : les plus riches et les rentiers, tous ceux qui n'en avaient pas besoin et se sont encore enrichis creusant les inégalités. Tout ceci, conduisant à une bulle où la financiarisation et la consolidation évincent les entreprises réelles et la classe moyenne. C’est la raison pour laquelle l’immobilier est si cher et que les marchés actions sont si hauts. Du pur gonflage de joues. Jean de la Fontaine plus grand économiste de tous les temps…
Même si nous devions avoir quelques timides reprises, il ne pourrait s’agir que de reprises des chaussettes. L’erreur a été d’imposer en Europe des politiques d’austérité à des économies qui au contraire avaient désespérément besoin de stimulation (la fameuse règle idiote des 3%).
En clair, comme je disais dans mon intervention à la conférence de Begaudeau et de Judith Bernard, le vrai risque n’est pas l’inflation mais la déflation car les politiques des banquiers centraux n’ont plus aucun impact sur l’économie réelle.
Alors où en sommes-nous aujourd’hui ? Nous sommes, retenez bien ce nom barbare, vous allez en entendre parler, dans une stagnation séculaire. Une tendance inexorable qui se caractérise par une croissance molle et cette croissance molle va durer longtemps à moins que nous entrions dans un scénario pire, celui de la déflation et de la trappe à liquidités où les consommateurs ne consomment plus et où les investisseurs n'investissent plus.

Sauf si les prix du pétrole ne venaient à créer une spirale inflationniste, les entreprises vont être prochainement susceptibles de réagir par une baisse de leurs marges afin de vendre leurs stocks en s’accrochant à leurs parts de marché aux dépens de leurs concurrents. C’est à ce moment précis que la faible inflation que nous vivons se transformera en déflation. Nous rejoindrons, c’est ma théorie, le Japon dans la liste des économies éclopées.
Comment sortir de cet enlisement ? La réponse est d’une simplicité biblique : en créant une nouvelle bulle. C’est l’idée de la bulle verte, le recyclage du capitalisme que je pronostique depuis maintenant plus de dix ans mais qui a du mal à décoller. Je vais vous expliquer pourquoi. La bulle verte est l’occasion de revendre tout à tout le monde estampillé écologie et développement durable. Ce qui est déjà un contresens comme je l’expliquai dans Crise et Mutation, car nos économies sont basées sur le renouvelable. Le renouvellement des hommes et des produits. À peine un produit sort qu’il est déjà démodé et qu’un autre prend sa place. Consommation durable voudrait dire que l’on vend une chose une seule fois à une personne et qu’elle servirait toute sa vie. On voit bien à travers cet exemple que cela ne peut fonctionner. Toutefois la bulle verte n’arrive pas à décoller car l’endettement des gens est trop élevé et les salaires trop faibles. N’oublions pas que ces salaires faibles ont été voulus par les entreprises pour des questions de compétitivité. C’est dans ce sens que va la réflexion de Jean-Claude Trichet, il faut augmenter les salaires mais pour cela, il faut augmenter la productivité et c’est là où le bât blesse. Même si on vante la fameuse démographie de la France par rapport à nos voisins. Beaucoup de gens vont partir en retraites. Dans le même temps de nombreux jeunes dans la pleine force de l’âge issus des milieux les plus pauvres sont sortis du marché du travail. On retrouve ce cas de figure dans toutes les démocraties de Marché. Par ailleurs comme le démontre brillamment Robert Gordon un des théoriciens de la stagnation séculaire, les nouvelles technologies si elles amènent du confort ne créent pas de croissance comme nous avons en en connaitre par le passé avec l'électricité par exemple.
Alors, comment concilier bulles répétées avec une économie ne montrant aucun signe de pressions inflationnistes? La réponse de Larry Summers, l’autre grand théoricien de la stagnation séculaire est que nous pouvons être une économie qui a besoin de bulles juste pour réaliser quelque chose près du plein emploi - qu'en l'absence de bulles l'économie a un taux d'intérêt naturel négatif. Et cela n'a pas été tout simplement vrai depuis la crise financière de 2008; il a sans doute été vrai, bien que peut-être avec une sévérité croissante, depuis les années 1980.
Un programme politique responsable nécessite d’en faire moins avec la politique budgétaire donc de réduire les dépenses pour désendetter l’ État et d’en faire moins avec la politique monétaire donc de faire des taux d’intérêts positifs pour rémunérer l’épargne. Mais ce sont précisément ces politiques soi disant responsables qui ont échoué.

Songez aux gens qui ont cru à la retraite par capitalisation dont on ne parle plus du tout aujourd’hui et pour cause, plus rien n’est rémunéré pour les classes moyennes Ce qui par ailleurs pose d’énormes problèmes aux retraités allemands.
C’est pourquoi au vu de tous ces éléments et de l’impuissance tragique de tous les gouvernements et si nous sommes réellement dans une situation de stagnation séculaire et si nous voulons éviter la déflation et la trappe à liquidités dont personne n’est jamais sorti. Il faut encore baisser les taux. Mais me direz-vous, ils ont déjà à zéro ou négatifs ! Eh bien il faut aller dans le très négatifs…Trump l’a d’ailleurs compris et il est probable que la FED rebaisse ses taux prochainement mais osera t’elle les baisser aussi fortement que Trump le souhaite. Tout l’enjeu est là. Parmi les autres solutions qui ne font pas plaisir : éliminer la monnaie papier et payer des taux d'intérêt négatifs sur les dépôts. Autrement dit faire payer à l’épargnant pour ses dépôts la "location du coffre". Ce qui peut l’inciter à remettre son cash en circulation.
L'épargne peut être une vertu personnelle, mais dans le cas de la trappe à liquidités (les consommateurs ne consomment plus, les investisseurs n’investissent plus)
c'est un vice social. Et dans une économie confrontée à la stagnation séculaire, ce n'est pas seulement un état de choses temporaire, c'est la norme. Assurer aux gens qu'ils peuvent obtenir un taux de rendement positif sur les actifs sûrs signifie leur promettre quelque chose que le marché ne veut pas offrir - 
Dernier point. Si nous dérivons vers des taux d'intérêt réels très négatifs et une croissance économique globale au moins quelque peu positive, la panique sur la dette publique est totalement stupide le service de la dette dans le sens de stabiliser le rapport de la dette au PIB n'a aucun coût, en fait un coût négatif.

Mon intervention à la conf vers 1H 24

https://www.youtube.com/watch?v=w7waydqVM2w