01/12/2019

Américanisation et barbarie

 

 

ntih.jpgAprès la mort de deux adolescents en un mois dans le ghetto ou je réside, LCI a consacré une heure d’émission au sujet en invitant le philosophe Roger-Pol droit pour qu’il éclaire de ses lumières savantes le mystère des banlieues de sécurité prioritaire qui génère des « barbares »
Comme d’habitude et rien de nouveau sous le soleil, le philosophe, qui doit lire Nécronomie, a stigmatisé comme cause l’incommunicabilité avec les barbares qui a fait verser tant de flots d’encre à la meute journalistique et sociologique. Ainsi que l’absence de mots et de langage chez les barbares permettant une médiation quelconque.

Analyse nécronomique :

Qui ne vit pas avec moi et comme moi veut se suicider.
Qui ne parle pas comme moi, qui ne s’habille pas comme moi, n’est pas intégrable.
Tel est l’enseignement que l’Empire sème.
Mais les barbares sont sourds à des avertissements aussi puérils, Ces barbares ne parlent pas et ne comprennent pas la langue de l’Empire, et, ne veulent pas l’apprendre. Ils ne savent pas que faire de la structure sociale de l’Empire, de la laïcité, des actuels moyens de production, des papiers d’identité ou du RSA. Ils n’ont rien à demander aux fonctionnaires impériaux, ni rien à leur offrir.. Ils n’ont pas le temps de se demander si le capitalisme permet l’ascension sociale. Contrairement aux sujets mécontents qui voudraient devenir des sujets contents, la possibilité d’un monde plus juste et plus social n’intéresse pas ces barbares

Aujourd’hui, les barbares ne campent plus aux portes de la Cité. Ils se trouvent déjà à l’intérieur, ils y sont nés. Elles n’existent plus, les froides terres du Nord ou les steppes dénudées de l’Est, d’où faire jaillir les invasions. Il faut prendre acte que les barbares proviennent des rangs des sujets de l’Empire eux-mêmes. Ce qui revient à dire que les barbares sont partout. Pour les oreilles habituées à la langue de la cité, il est facile de les reconnaître puisqu’ils s’expriment avec un fort accent qui mixe l’arabe, le français souvent en verlan et l’anglais. Mais il ne faut pas se laisser abuser par cette novlangue, il ne faut pas confondre celui qui est dépourvu de langue avec celui qui parle une langue autre. Beaucoup de barbares sont en fait privés d’un langage usuel, rendus analphabètes par la suppression de leur propre conscience individuelle – conséquence de l’extermination de la signification réalisée par l’Empire. Si l’on ne sait pas comment dire, c’est parce que l’on ne sait pas quoi dire, et vice versa. Et l’on ne sait pas quoi dire, ni comment, parce que tout est banalisé, réduit au signe même, à l’apparence
Et quoi dire, que faire au milieu du désert ? nombre de sujets deviennent barbares dans leurs gestes. Une fois paralysée la langue, ce sont les mains qui frémissent pour trouver un soulagement à la frustration. Inhibée dans sa manifestation, la pulsion de la joie de vivre se renverse en son contraire, l’instinct de mort. La violence explose et, étant sans signification, elle se manifeste d’une façon aveugle et furieuse, contre tout et tous, ruinant tous les rapports sociaux. C’est n’est pas une révolution, même pas une révolte, c’est un massacre généralisé accompli par les sujets rendus barbares par un monde sans sens parce que à sens unique. Cette violence sombre et désespérée gêne l’Empire, troublé dans sa présomption de garantir la paix des esprits, mais cela ne le préoccupe pas. En soi, elle ne fait qu’alimenter et justifier la recherche d’un meilleur ordre public. Cependant, bien que facilement récupérable une fois montée à la surface, elle montre toute l’inquiétude qui agite en profondeur cette société, toute la précarité de la contention par l’Empire des vicissitudes du monde moderne.
La furie des barbares inspire de la terreur jusque parmi beaucoup d’ennemis de l’Empire comme Besancenot ou Mélenchon, désireux de vaincre mais avec les bonnes manières. En braves civilisés, ceux-là partagent le désaccord mais pas la haine ; ils comprennent l’indignation mais pas la rage ; ils lancent des slogans de protestation mais ne hurlent pas à la guerre ; ils sont prêts à verser la salive mais pas le sang.

Ce qui fait une grosse différence à l'arrivée….

 

27/07/2019

La mort de la grève

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La grève telle que nous l’avons connu est morte. Aujourd’hui le capital est en mesure de laisser pourrir toutes les grèves, nous l’avons bien vu avec la SNCF ou même les hôpitaux. Au mieux, la grève arrache au capital ce qu’il aurait de toute façon concédé à terme. Si donc la lutte des classes s’enlisent dans les rapports sociaux orchestré par le gouvernement, cela veut dire que seule une irruption, un surgissement désordonné comme celui des Gilets Jaunes est capable d’influer le cours des choses
Il faut donc ne plus appartenir à une instance représentative ou à une instance historique. Seuls ceux qui échappent au tourniquet de la production et de la représentation peuvent en dérégler les mécanismes et peuvent fomenter une lutte en dehors du pré carré installé par la politique.
Beaucoup de français sont déjà exclus de la représentation nationale, le surgissement désordonné qui a vu s’allier autour du pouvoir d’achat 1/3 d’électeurs du rassemblement national, 1/3 de la France insoumise et un dernier tiers qui n’appartient à aucune sensibilité prouve qu’un combat contre le libéralisme peut rencontrer des aspirations aussi diverses que variées. Même des royalistes et des vendéens…Parmi les GJ, grand nombre de jeunes qui habités par une indifférence sauvage au travail rationnel analysent comme un jeu truqué où l’on perd cette collectivisation forcée par le travail que l’on a érigé en valeur suprême et dont on a fait une morale et une culture presqu’un mythe alors que le travail n’est rien de plus qu’un bien de redistribution sociale qu’il faut cher payer.
Comme Marx l’avait analysé, le capital n’a pourtant besoin de moins en moins de force travail pour fonctionner alors qu’on exige de lui qu’il en fournisse de plus en plus. La roue carré a de plus en plus de mal à tourner. Dans le ghetto où j’habite les perspectives d’emploi pour la jeunesse oscille entre sécurité dans la grande distribution, maître chiens dans les entrepôts ou autoentrepreneurs livreurs pour Amazon. Quel bel avenir ! Et pourtant cette jeunesse pour l’instant n’a pas fait jonction avec la France périphérique que l’on a vu manifester et continue d’attendre les promesses d’un système qui a fait migrer leur parent.

18/03/2019

le chemin de la Nécronomie et le sentier du rebelle

 

Enchaîner les jeunes à la dette est une façon de les forcer à accepter l'exploitation, et de détruire par avance leur capacité d'organisation et de révolte contre la violence du capital. Présenter comme une opportunité extraordinaire aux jeunes générations la possibilité de reconstruire ce que leurs ainés ont détruit relève du pur foutage de gueule. Le recyclage du capitalisme et surtout l’opportunité de revendre tout à tout le monde approved by Ecology est perçu par la Money Power comme un relais de croissance alors qu’en matière d’écologie, ce qu’il nous faudrait surtout, c’est un relais de décroissance.

Dans ce contexte, si les gouvernements  sont incapables de dissiper la réalité (pas le sentiment) de l’injustice sociale que la dette et l’austérité produisent, si les travailleurs précaires sont incapables de trouver les moyens de l'autonomie financière, la vague de révolte qui a grossi durant cette dernière décennie du XXIe siècle va gonfler jusqu'à former une marée. Là uniquement est l'issue. Dans un surgissement désordonné comme celui auquel nous assistons avec les gilets jaunes qui demandent un RIC.

Franchement, je ne pense pas que l’encartage politique soit un bon traitement pour notre maladie. Pas plus qu'une présence à des élections pipées d'avance.

 

La plupart des gens savent désormais que la dictature financière détruit leur vie ; le problème est de savoir quoi faire. 

Il est possible que rien ne puisse être fait, que le pouvoir soit si établi dans les automatismes réglant la vie quotidienne, liant nos échanges et infiltrant nos mots, que le biocontrôle financier ne puisse être défait ou évité.

Alors, que faire quand il n'y a plus rien à faire?

J’avais autre fois tenté dans Crise et Mutation de répondre à cette question avec le philosophe corse Charles Antoni.

Je pense que la nécronomie cynique est la solution.

C'est-à-dire l'inverse de la participation, l'inverse de la responsabilité, l’inverse de la foi. Les gouvernements nous exhortent à participer à leur grand débat. Les économistes, nous exhortent à être responsables, à travailler plus, à consommer, à stimuler le Marché. Tout comme des prêtres pédophiles qui nous exhorteraient à croire.

Si vous suivez toutes ces injonctions programmées à la participation, vous êtes piégés. Ne jouez pas le jeu, n’attendez aucune solution de la politique, ne vous attachez pas aux choses, n’espérez rien. Je concluerai en citant un grand philosophe :

Le cynisme est ce qui peut être atteint de plus haut sur la terre. Il faut pour le conquérir, les poings les plus hardis et les doigts les plus délicats. 

 Nietzsche

Ecce homo