15/07/2020

La Perte du Bonheur dans les Démocraties de Marché (suite)

 

Le 9 novembre 2015, Paul Krugman le Nobel d'économie publiait dans le New York Times un article ayant pour titre « Le désespoir à l’américaine ». Il faisait suite à celui que je considère comme le précurseur, le plus grand sociologue américain selon moi, Robert E Lane auteur d'un livre très noir mais hélas jamais traduit : la perte du bonheur dans les démocraties de Marché. Livre resté confidentiel.

Krugman soulignait que depuis 1998, l’espérance de vie des classes moyennes blanches d’Amérique du Nord régresse et le taux de suicide y augmente sensiblement, tout comme les comportements autodestructeurs par intoxication volontaire au moyen de substances diverses, dont l’héroïne :

De plus en plus d’Américains blancs se tuent, directement ou indirectement. Le suicide augmente, ainsi que les décès par intoxication à la drogue et la maladie chronique du foie que la consommation excessive peut causer. Nous avons vu ce genre de chose en d’autres temps et lieux – par exemple, lorsque la chute de l’espérance de vie a frappé la Russie après la chute du communisme. Mais c’est un choc de le voir, même sous une forme atténuée, en Amérique. […] L’espérance de vie pour les Blancs moins instruits est en baisse dans la majeure partie de la nation. La hausse des suicides et la surconsommation d’opioïdes sont connues. Qu’est-ce qui cause cette épidémie de comportements autodestructeurs ?

Croyez-vous sérieusement que deux mois de confinement ont mis à bas l’économie mondiale ? Croyez-vous sérieusement que la multitude des plans sociaux annoncés qui vont jeter au moins un millions (hypothèse basse) à l’Assedik Park soit le fait d’un simple virus ?

Comme le dit le Docteur Doom (Nouriel Roubini), ceux qui pensent que les crises ont toujours été avec nous et le resteront car elles sont inhérentes au capitalisme et qu’à chaque fois nous nous nous en sortons se trompent. Nous sommes capables de concevoir un monde avec des ressources finis mais nous ne sommes pas capables de concevoir un capitalisme avec des limites internes. C’est pourtant ce qui arrive. Le capital se déploie dans un processus historique aveugle et destructeur. La crise qui est annoncée n’est pas le résultat d’un virus, et encore moins du mécanisme habituel de « destruction créative schumpétérien ». Nous avons ici des problèmes structurels en cours depuis quatre décennies qui ont accumulé des solutions mondiales qui ont échoué. 

   Il est vrai que le blocage de la production industrielle devrait réduire une partie des marchandises disponibles en stock, mais la capacité de production excédentaire se poursuivra après la suspension des mesures de confinement sanitaire, tout comme des dizaines de millions de propriétés resteront sans acheteurs et le pouvoir d’achat mondial sera plus comprimé après les licenciements massifs. Les gouvernements du monde entier ont déjà annoncé un plan de sauvetage avec injection de moyens, mais cela ne servira guère de vaccin alors que c’est la dette publique elle-même qui est au centre de l’épidémie Le gouvernement Trump a également annoncé des mesures de sauvetage, mais il reste à voir si le dollar ne sera pas également affecté par la dévalorisation monétaire générale qui représente exactement l’incapacité même de la monnaie à circuler. Une chute de la dernière monnaie hégémonique, simultanément avec les autres monnaies du monde, est le véritable fléau à craindre : elle représentera le blocage complet des flux sanguins de l’économie capitaliste, une démonstration que son cœur (la production de valeur) ne fonctionne plus.

Écrire un commentaire