28/12/2008

Panique à l'Hyper-Marché

N'en doutons pas, le début d'année va être fracassant mais conformément au principe immuable du double dong nécronomique, il est fort probable que nous connaitrons une phase d'impact psychologique à la fin du premier Trimestre.
Surtout, si l'on en croit l'extrême voracité avec laquelle les investisseurs se sont jetés le 9 décembre sur les 30 milliards de dollars de bons du trésor à court terme (4 semaines à 3 mois)
Les autorités fédérales auraient même pu sans problème en vendre le triple ou le quadruple et tout cela, asseyez vous bien pour une rémunération de Zéro pour les investisseurs. juste donc la garantie de ne rien perdre.
Autant vous dire, qu'il est clair que ceux là n'anticipent pas du tout mais alors pas du tout, une reprise des marchés financiers dans le premier trimestre.

En gros, c'est la même chose que planquer l'argent sous son matelas pour les pauvres.
Cela en dit long sur le niveau de confiance dans les placements traditionnels...

En route vers la TGD

Commentaires

bonjour

au sujet de la bulle verte... le raisonnement économique serait-il :

"tant qu'on profite de la pollution ET de la dépollution, on n'a pas intérêt à faire cesser la première" ?

(extrait de
http://www.dailymotion.com/noslibertes/video/x64nnv_nous-les-esclaves-de-lomc_news
15ème minute environ... l'omc étant le sujet principal, je me permets de joindre la vidéo sur le thème "panique à l'Hyper-Marché)

adhérer à l'enthousiasme ou à la résignation quant à la bulle verte me semble plus compréhensible selon ce raisonnement... mais ai-je bien compris ?

merci d'avance

Écrit par : rien | 29/12/2008

les investisseurs envisagent t'il une reprise durant l'année 2009 ?

Sinon si j'ai bien compris la comparaison par rapport a la crise japonaise,en gros on est partit sur une croissance ou récession autour de 0% avec une baisse constante des prix dans tout les secteurs donc pas d'investissements donc pas de création de richesse donc pas de croissance donc gros cercle vicieux généralisé a l'ensemble du globe donc grosse catastrophe en perspective...

c'est tres tres simplifié mais j'ai juste écrit ce que je pouvais comprendre, ahaha :D.
c'est bien ça ?

Écrit par : Jacques | 29/12/2008

EH non ! Pas de reprise prévue pour 2009 ! Avec même deux grosses surprises pour l'année à venir, à savoir :
-1) nouveau rebond de la crise au deuxième trimestre 2009, avec une prise de conscience de la durée de la dépression,
-2) cessation de paiement du gouvernement américain avant l'été 2009 !
Bref que de la joie en perspective !
Je passe les dépots de bilan d'un paquet de pme, les licenciements en masse, la faillite de quelques beaux consortiums (automobiles ??? banques ou assurances ???) qui vivra verra ...temps morose à venir !
Une certitude, une seule : on n'est pas prêts de voir la Bourse se marrer ! ^^
P.S. : des experts en économie tablent pour une reprise en 2012 (les plus sérieux), sinon pour les plus optimistes 2010, mais cette reprise serait si légère qu'elle passerait inaperçue (voir l'excellent site LEAP).

Écrit par : gabryhell94 | 30/12/2008

test

Écrit par : huzun | 30/12/2008

Bizarre, je n'arrive plus à poster des commentaires un peu longs. Désolé de la pollution.

Écrit par : huzun | 30/12/2008

Désolé Huzun,
ceci n est pas mon fait....
Sache que tu ne pollues jamais...Mais peut être devenons nous trop subversif pour l etablishment....qui sous peu va nous demander de passer en modele payant (sauf faire de la pub)
Necronomy Power ou sepuku power mais ce blog restera gratuit et sans pub..

Écrit par : necronomie | 30/12/2008

A rien,

quand des géants du pétrole comme T boone pickens qui a contribué à faire elire Obama l indicateur du monde meilleur
en lui promettant plusieurs dizaines de millions d'emplois dans la bulle verte, je me dis simplement que ceux qui ont du pognon cherchent à le garder et à le voir croitre....
Je ne leur dis pas merci...La vérité, c'est qu'ils savent qu'aucun bunker ne sera assez puissant pour les préserver de notre colère...
Bref ils sont lucides
bulle verte , bulle rose, bulle noire, la Money power s'en fout mais souhaite rester en vie....quitte à adhérer à la réalité....

Écrit par : necronomie | 30/12/2008

A telecaster Man,

Leap est un bon site même si je ne suis pas d'accord avec eux sur tout notamment le mythe de l' hyper inflation cher à Marc faber ami (suisse)thailandais... (salut Marcus...)
quelques exemples : lorsque leap parlait de stagflation en europe, je parlais de recession mondiale
je parle également de TGD au niveau mondial et pas seulement aux USA
je pense également contrairement à LEAP que nous allons entrer en stagdeflation et non pas en stagflation...mais bon cela n'est pas grave, nous faisons partie de le même famille...Au moins nous avons su prevoir l'avenir....sans pratiquer la politique du bac à sable...
et toi aussi, tu fais parti de la famille...embrasse ta miss de ma part et remercie la pour la chemise...
En ce qui me concerne Manouchka Tastroff ma fiancée intersidérale m'a offert des caleçons...(euh pardon des boxers...)
Heureusement que les femmes sont là...pour les vieux beaux rocknroll

Écrit par : necronomie | 30/12/2008

A jacques,

Yes, tu progresses à vitesse grand V...
Je suis fier de Toi...

Écrit par : necronomie | 30/12/2008

Pour que l'histoire ne recommence pas ... il est bon de connaitre certaines choses.
Bref, un joli billet sur l'ouvrage de Annie Lacroix-Riz (je l'ai entamé -le livre - mais c'est tellement roboratif qu'il me faudra plusieurs mois/années pour le finir).

Le choix de la défaite (Annie Lacroix-Riz)
UNE NOTE DE LECTURE DE MICHEL DRAC

Comment Hitler gagna la guerre (la vraie réponse)

Si les élites françaises ont si facilement « collaboré » avec l’occupant, de 1940 à 1944, c’est pour une excellente raison : cela faisait sept ans au moins, en 1940, qu’ils roulaient pour Hitler. Voilà, en gros, la thèse d’Annie Lacroix-Riz (ALR ci-après), historienne fort sérieuse, mais ne faisant pas mystère de son engagement communiste.

Si l’on rentre maintenant dans le détail de la thèse :

a) La III° République est, dans les années 30, un régime presque totalement sous contrôle du grand patronat (les « 200 familles les plus riches », et en soutien d’elles, 5.000 administrateurs et techniciens qui contrôlent directement ou indirectement toutes les institutions, y compris la police, y compris la presse, y compris l’armée - y compris, même, via les salons mondains, le domaine culturel). Or, ce grand patronat a définitivement cessé d’être national. Le capitalisme est en voie de mondialisation, et il est en tout cas d’ores et déjà international. 70 % des sénateurs siègent dans des conseils d’administration de grandes sociétés, et le capital de ces grandes sociétés est lui-même international. Donc les deux tiers du Sénat défendent mécaniquement les intérêts de groupes apatrides.

b) La clef de voûte de cette emprise patronale repose sur la Banque de France, et derrière elle, sur la haute banque privée, dont elle est alors une quasi-émanation. Par tradition, en effet, aucun gouvernement de la III° République ne peut être formé sans l’aval préalable de la Banque. Même le gouvernement de Front Populaire, en 1936, dut en passer par là. Sans cela : pas « d’avances au Trésor », donc pas de finances publiques.

Ce pouvoir bancaire n’appartient à aucun réseau d’influence en particulier. Il est le pouvoir, en lui-même. Il fédère des banquiers chrétiens et juifs (ainsi la banque Worms, la plus puissante de l’époque, associe joyeusement fondateurs juifs et administrateurs protestants sous le sceptre d’un directeur général catholique). Semblablement, le pouvoir patronal regroupe des francs-maçons et des catholiques, en opposition pour la galerie, unis secrètement par leurs allégeances communes. Cette allégeance commune, la voici : ils appartiennent tous aux familles les plus riches, ou servent en tout cas les intérêts de ces familles. Voilà, c’est aussi simple que ça.

c) Conséquence : un très haut niveau de corruption politique. Ce sont les trusts qui « font » et « défont » les hommes politiques, en leur accordant financement et soutien de presse. Parmi les politiciens bénéficiant particulièrement de l’appui patronal, on trouve deux types principaux : le « modéré » type Laval, financé par le grand patronat pour orienter la politique dans un sens favorable aux intérêts du Capital, malgré le basculement « à gauche » de l’Assemblée Nationale à partir de la fin des années 20 ; et le « fasciste », souvent un transfuge venu de la gauche ou de l’extrême-gauche (parfois du parti communiste), et chargé de proposer aux classes populaires une « révolte » de substitution, parfaitement canalisée.

d) Dès les années 20, le pouvoir patronal français est fasciné par le modèle que Mussolini met en place en Italie. Cette fascination a toujours été niée par l’historiographie officielle « républicaine », dans la foulée de René Rémond (et la récupération opportune des thèses simplificatrices de Zeev Sternhell n’est qu’une stratégie, qui vise à cacher le véritable « fascisme français », financé par le grand patronat, derrière les « origines françaises du fascisme » issues du syndicalisme).

Pour ALR, en réalité, il n’y a aucune solution de continuité entre les droites classiques et fascistes de la France des années 20-30. Le haut patronat catholique finance l’Action Française, des industriels financent le « faisceau » du proudhonien Valois, Michelin rétribue le « Redressement français » qui prépare un « putsch » du maréchal Lyautey, etc. Les mêmes groupes financiers qui rémunèrent (grassement) les « grands » hommes politiques du « système » (déjà !) financent également les « extrémistes » de droite qui vilipendent les « pourris du Parlement ». Une main lave l’autre.

Dans l’esprit des dirigeants, le fascisme français en voie de constitution doit servir de contrefeu au communisme, alors menaçant. Dès les années 20, on se prépare au coup de force. Il est intéressant d’observer un des scénarios envisagés dans ce cadre : il s’agissait d’organiser une sécession de l’Alsace-Lorraine, pour y porter le Maréchal Lyautey en proconsul, première marche vers sa prise de pouvoir en France. La technique : d’abord susciter une campagne « anticléricale » forcenée, qui dresserait les Alsaciens contre la république « maçonnique ». Et ensuite seulement, on sortirait la carte Lyautey. Instructif, si l’on veut bien se donner la peine de réfléchir à ceci : on soutient les excès d’une cause pour justifier la cause inverse, puis l’on organise un régionalisme pour renverser un pouvoir central. Paradoxes, billard à trois bandes… C’est ça, la politique, et quand nous regardons le jeu contemporain, nous ferions bien de nous en souvenir !

e) A partir des années 30, ces complots fascistes deviennent de plus en plus sérieux, avec deux « affaires » d’inégale importance : la « Cagoule » et la « Synarchie ». La « Cagoule » était une alliance d’activistes anticommunistes déterminés à l’action directe – une conspiration plus spectaculaire qu’autre chose, même si elle fit un peu couler le sang.

La synarchie était en revanche quelque chose de très sérieux. Il s’agissait d’une organisation secrète recrutant dans la très haute administration publique et parmi les dirigeants des grands groupes privés. La nature exacte des liens entre « Cagoule » et « Synarchie » n’a jamais pu être éclaircie, mais quoi qu’il en soit, il existait un ciment idéologique commun, de type crypto-fasciste, qui unissait ces hommes par ailleurs répartis dans tous les courants dominants de l’époque (gauche comme droite). Le but de la Synarchie, en particulier, était de confisquer le pouvoir de l’intérieur des partis et des structures, tout en laissant subsister l’illusion de l’alternance politique. Il semble que ce but fut partiellement atteint.

Voyons comment.

C’est la crise de 1929 qui conduisit progressivement les élites françaises à se regrouper derrière ces tendances antidémocratiques, comploteuses voire factieuses. Cette crise fut l’occasion, pour la Haute Banque, de « liquider » les acteurs économiques de petite taille. Une politique d’argent cher fut organisée, qui déboucha sur une confiscation du pouvoir économique par la haute finance (et entraîna des millions de chômeurs). Cette politique d’austérité aggrava la crise, mais elle correspondait si bien aux intérêts de la Haute Banque qu’elle fut poursuivie pendant toute la période 1930-1936, débouchant sur de fortes tensions sociales. Les inégalités s’accroissaient sans cesse. Le prix de la crise, via la déflation salariale, fut surtout payé par les « petits », tandis que la haute finance prospéra, elle qui avait pourtant déclenché la catastrophe par sa gestion calamiteuse.

Bientôt, les tensions deviennent telles que la Haute Banque change d’attitude sur la question de l’Etat, au fur et à mesure que la Dépression s’accentue. D’abord opposée à toute forme de collectivisation ou nationalisation, la bourgeoisie française regarde avec de plus en plus d’intérêt la solution étatiste allemande (adoptée par Brüning dès 1931), et qui a permis de nationaliser les pertes tout en conservant leurs prérogatives aux grandes familles. La solution fasciste devient une tentation pour le grand patronat. C’est un peu comme si, du jour au lendemain, nos néolibéraux adeptes du Zéro Etat se transformaient en étatistes forcenés ! Chose que l’on verra d’ailleurs peut-être bientôt !...

A partir de 1931, il se passe des choses très étonnantes, au plus haut niveau de l’Etat, dans les bureaux bien calfeutrés dont rien ne sort, pas même une indiscrétion. La Banque de France refuse au gouvernement une convention secrète permettant de financer à crédit une éventuelle mobilisation militaire (1932). Pour comprendre cette mesure, il faut se souvenir que dès 1931, le gouvernement Brüning a pris des mesures jugées positives par le haut patronat allemand – mesures que le gouvernement français ne sait pas comment faire avaler à la population. Or, cette « qualité » du gouvernement allemand, comment les industriels français n’y seraient pas sensibles ? Le cartel international de l’acier, constitué en 1926, avait abouti à fusionner de fait les intérêts de la sidérurgie allemande avec ceux de la sidérurgie française. Le cartel Khulmann-IG Farben, conclu en 1927, liait les industries chimiques de France et d’Allemagne dans un système de régulation du capitalisme continental. Ce n’est pas tout : dès 1930, en réalité, le réarmement allemand a commencé. L’évacuation anticipée de la Rhénanie (1930 au lieu de 1935) a été décidée pour faciliter le plan Young sur les réparations, plan soutenu par cette industrie française désormais liée à sa contrepartie allemande. Quand la Banque de France annonce au gouvernement qu’elle ne financerait pas une mobilisation, il se passe donc quelque chose de très simple : le Pouvoir Patronal annonce à la République qu’elle ne doit pas compter sur lui contre les « Boches ». Dès 1932, parce que l’Allemagne se montre plus « docile » dans la mise au pas de sa population, la Haute Banque a choisi son camp.

Quelle est cette politique allemande de l’année 1932 ? Le chancelier Brüning nationalise toutes les dettes de la grande industrie et de la Haute Banque. Il laisse le capital étranger fuir l’Allemagne, dont la monnaie est au bord du krach, et à cette occasion, il ouvre aussi la porte à l’exportation des capitaux allemands eux-mêmes. Cette politique peut s’achever par une seconde banqueroute allemande, dix ans après 1923. Cette seconde banqueroute pourrait provoquer une crise internationale inouïe. Du point de vue de la Haute Banque « française », c’est donc clair : il faut éviter de saigner l’Allemagne, pour ne pas ouvrir un boulevard au bolchevisme – et puisque, en outre, le gouvernement allemand se montre très favorable aux intérêts du Capital, décidément il faut le soutenir, au besoin au prix de la prospérité française.

Une des conséquences de ce choix économique pro-allemand fut le paradoxal « lâchage » des économies d’Europe Centrale par la Banque française. Les pays de la « petite Entente » (Pologne, Tchécoslovaquie, Roumanie, Yougoslavie) durent rembourser leurs dettes au protecteur français, celui-ci ne pouvant compter sur un financement aisé par une Banque de France à qui l’Allemagne coûtait fort cher, et qui en outre ne voyait aucune raison de soutenir la politique étrangère de la III° République, en quête d’alliés de revers contre l’Allemagne. La suite des évènements, c'est-à-dire le lâchage de la Tchécoslovaquie à Münich, après le rattachement progressif des Balkans à la sphère d’influence allemande, fut programmé à ce moment-là, 1931-1932, quand la Banque de France exigea systématiquement la « couverture » du gouvernement français (en clair : la garantie de l’Etat sur les comptes publics nationaux), avant d’aider les pays d’Europe centrale pauvres, touchés de plein fouet par la Grande Dépression.

Simultanément, nous dit ALR, la Haute Banque s’appliqua à interdire tout rapprochement diplomatique entre la III° République française et l’Union Soviétique (thèse évidemment à charge : ALR passe soigneusement sous silence les conditions dans lesquelles l’URSS se « développe » en ces années de fer et de sang, mais nombreux indices, et concernant le rôle du grand patronat français, thèse peu contestable). Bref, la diplomatie française est sabotée.

A partir de 1933, le différentiel s’accroît entre les rapports de classe de part et d’autre du Rhin. La déflation salariale a atteint un tel niveau en France que la classe ouvrière se mobilise. Simultanément, outre-Rhin, le pouvoir nazi fait tomber une chape de plomb sur toutes les relations sociales. Il en découle une véritable fascination des classes dirigeantes françaises pour le « modèle nazi » en cours d’élaboration à Berlin. En octobre 33, la Banque de France renonce au contrôle partiel qu’elle avait acquis après la Première Guerre Mondiale sur la politique monétaire de la Reichsbank, ce qui revenait à donner quitus de la gestion de réarmement inflationniste mise en place en Allemagne. Cette gestion (inflation de sortie de crise par réarmement et sans accompagnement salarial adapté) fascine les Français. En décembre 33, l’ambassadeur français à Berlin confie à Hitler que la France va bientôt se doter d’un gouvernement « fort », sur le modèle allemand !

Au même moment, le Comité des Forges (en gros, l’ancêtre du MEDEF) déclenche une spéculation contre le Franc (exportation d’or). Puis c’est le 6 février 34. Prenant appui sur la dénonciation de la corruption (très réelle) de la classe politique, les ligues déclenchent une manifestation qui tourne à l’émeute. Ces ligues, financées par le Comité des Forges, ont donc dénoncé la corruption d’un parlement soudoyé par ce même comité, et de là la reprise en main autoritaire du pays, à partir du gouvernement Laval. Pour ALR, c’est clair : classique stratégie de la tension, avec au passage une première tentative de prise du pouvoir par des « fascistes » dont l’heure n’était pas encore venue.

Stratégie payante. Le gouvernement démissionne, le 7 février, sur pression des ligues. La porte est ouverte pour la « préparation au fascisme » (selon le mot du député communiste Jacques Duclos).

Après le 6 février, la France se dote, avec Laval, d’un gouvernement fort. Moins fort sans doute que ne l’espérait le patronat (tout n’a pas marché comme prévu), mais fort tout de même. Le programme de Laval : redresser l’économie par des mesures de rigueur, vaincre le Front Populaire aux législatives de 36, constituer un cabinet autoritaire de redressement national sous l’égide du Maréchal Pétain. Seul le premier point sera mené à bien : abaissement autoritaire des salaires des fonctionnaires, et plus généralement politique de régression sociale. Pour le reste, dès 1935, le haut patronat français se tourne vers une autre solution : la politique du pire.

En 1935, la France n’est pas mûre pour le fascisme. Le Français est trop matois pour qu’on le mate à la manière d’un Teuton. Le 6 février a démontré que si le fruit mûrit, il n’est pas prêt à tomber. Laval peut pratiquer une politique conforme aux intérêts du haut patronat, mais il doit tenir compte du rapport de forces avec une classe ouvrière qui, à cette époque-là, reste structurée, consciente et à tout moment mobilisable par l’appareil du Parti Communiste.

En août de cette même année, Mercier, un des principaux leaders patronaux, présente sa conception de la « politique du pire », politique prônée également par le très influent François de Wendel. Il s’agit d’amener au pouvoir une gauche divisée, en 1936, sachant qu’on s’organisera pour la faire échouer (ce qui devait s’avérer facile, étant donné les contradictions qui minaient le Front Populaire).

Et pour cela, on va délibérément ruiner la France…

En 1935-1936, l’or quitte la France. La Banque de France met son veto aux avances consenties au Trésor, plaçant le gouvernement français sous la dépendance de banques anglaises organisées autour de Lazard Frères, banques qui désormais financent la République. Lorsque, le 7 mars 1936, Hitler remilitarise la Rhénanie, « coup de force » qui lui permet de « tester » la France, il faut bien comprendre dans quelle situation se trouve le gouvernement français : il sait qu’il a besoin de l’Angleterre pour financer ses fins de mois (ne parlons pas de financer la guerre), parce que la Haute Banque lui a coupé tout crédit. Donc la première chose qu’il fait, quand il apprend l’initiative nazie, c’est de demander aux Anglais s’ils vont bouger. Ils répondent non : donc, on ne bouge pas.

La Seconde Guerre Mondiale, pour la France, a sans doute été perdue à ce moment-là. Et si l’on suit ALR, elle n’a pas été perdue face aux panzers du général Guderian ; elle l’a été face aux livres sterling de Lazard Frères.

Dès 1935, alors que l’Allemagne réarme, la France prend du retard sur le plan militaire. Le patronat français n’est pas du tout pressé de fabriquer les chars dont l’armée française a besoin. La priorité du pouvoir, de toute manière, se situe ailleurs. Alors que l’armée française ne met en place aucun plan d’opération contre l’Allemagne avant 1939 ( !), elle dispose dès 1935 d’un plan constamment actualisé de lutte contre un mouvement insurrectionnel en banlieue parisienne. C’est assez dire où se trouvent les priorités de l’institution…

Pour ALR, fondamentalement, comme Mercier ou Wendel l’avaient prévu, le Front Populaire ne modifia pas cet état de fait. La tentative de réforme de la Banque de France échoua, parce que le rapport de forces ne permettait pas de briser la Haute Banque, qui se contenta de priver de pouvoir réel les organismes mis en place par le Front Populaire pour contrôler la création monétaire. Les banquiers Mirabaud, Mallet, Rothschild, Lazard et Lowenbach, têtes du capitalisme bancaire français, soutenus par la famille Wendel, tête du capitalisme industriel, firent acheter par leurs hommes de paille une grande partie du capital de la Banque, pour déguiser leur influence en « voix des petits porteurs et de l’artisanat ».

Les résultats ? En août 1936, alors que le gouvernement français hésite à soutenir la République espagnole, le gouverneur de la Banque de France, lui, accepte unilatéralement de recevoir l’envoyé de la Banque franquiste de Burgos. Réaction du gouvernement de Front Populaire ? Néant. La République Espagnole ne récupèrera jamais l’or que lui devait la Banque de France… Il fallut attendre la fin de la Guerre d’Espagne pour décider à qui l’on devait le remettre.

Le second semestre 36 n’est qu’une longue capitulation. Et le 16 décembre 1936, le Front Populaire écarte définitivement toute mesure de contrôle des changes, reconnaissant qu’il n’a pas les moyens d’une confrontation directe avec les « forces de l’argent ».

Les grèves de l’été 36 ne modifièrent pas réellement le partage de la valeur ajoutée. Le patronat affecta la consternation, mais en réalité, les mesures du Front Populaire ne faisaient que préparer le terrain à l’écrasement du peuple français. A partir du moment où les usines allemandes tournaient à plein régime, pour construire la Wehrmacht avec l’approbation des capitalistes de pratiquement tous les pays (USA, GB, France inclus), et des ouvriers menés à la trique travaillant 54 heures par semaine, alors que les usines françaises tournaient en sous-régime du fait du peu d’empressement du Capital à les financer, et avec en outre des ouvriers à 40 heures par semaine, on savait à quoi s’en tenir sur le choc futur entre armée française et armée allemande.

A la fin de 1937, une nouvelle tentative de « coup » fasciste était en préparation : cette fois, à l’initiative de l’organisation dite « la Cagoule », sans doute en l’occurrence le bras armé de la Synarchie. Initialement une scission de l’Action Française, cette « Cagoule » constituait une mouvance très resteinte (quelques centaines de membres), mais très déterminée, et qui n’hésita pas à faire entrer du matériel militaire italien en contrebande. Très bien financée par de nombreux industriels sympathisants, cette organisation prête au meurtre fut dissoute par décision de police avant d’avoir pu se structurer complètement.

Assez mal connue, faute de sources fiables, cette affaire illustre en tout cas le « climat » général qui régnait en France, deux ans avant le déclenchement de la guerre. La « stratégie de la tension » prévue par la Cagoule, et qui ne reçut qu’un début de concrétisation, préfigurait celle de la loge P2 dans l’Italie des années 70. Pourquoi le pouvoir démantela-t-il la Cagoule qu’il avait laissé se constituer ? Mystère. Comment faire le tri, dans ce genre de barbouzeries ?…

Début 1938, le décor de 1940 est donc planté. Fragilisée financièrement par une Haute Banque en admiration devant le modèle nazi, pénalisée militairement par le peu d’empressement de son patronat à mobiliser l’industrie de guerre, profondément divisée par des querelles de classes inexpiables, la France est enchaînée à l’Angleterre de Chamberlain. Elle laisse Franco écraser la République espagnole. Elle ne peut déjà plus rattraper son retard de réarmement (rappelons qu’à l’époque, l’Allemagne est deux fois plus peuplée que la France, et qu’elle produit quatre fois plus d’acier – une fois Hitler lancé, la France n’avait plus les moyens de l’arrêter).

Dès 1939, la préparation du fascisme devient visible. Les avancées sociales du Front Populaire sont démantelées, au nom d’un réarmement qu’on sait de toute manière impossible. Le haut état-major français ne cache presque plus ses sympathies franquistes, et l’on sait aujourd’hui qu’il s’opposa à l’alliance soviétique, estimant que l’Armée Rouge n’était de toute façon plus en état de combattre après les purges de 1937.

Une à une, toutes les composantes du drame se sont mises en place. La France ne veut, ni ne peut faire la guerre. Quand Staline et Hitler surprennent tout le monde, en août 39, et quand brutalement, le renversement d’alliance induit par la « bascule stratégique » allemande pousse la Grande-Bretagne à déclarer la guerre à l’Allemagne, la France va au conflit comme un agneau à l’abattoir. Son effacement de la carte stratégique a été programmé, voulu. Il est le prix à payer pour que le patronat brise le prolétariat français – et peut-être, plus profondément, pour qu’Hitler ait les moyens de se retourner contre Staline, avec toute l’Europe derrière lui.

Telle est la thèse d’ALR. C’est très documenté, et il me paraît probable que ce qu’elle dit est vrai, sinon en totalité, au moins pour l’essentiel. On pourra lui reprocher sa remarquable discrétion sur le sabotage prôné par les ouvriers communistes pendant la Drôle de Guerre (pour aider la victoire de l’Allemagne, alliée de la « patrie des travailleurs »). Mais elle pourra toujours objecter que ce sabotage, en somme, ne fut que la réponse logique des communistes à un autre sabotage, antérieur et bien plus important : celui commis par un haut patronat que le fascisme fascinait.

De toute façon, peu importe. Personnellement, ce qui m’a le plus intéressé dans ce bouquin, ce n’est pas sa dimension historique stricto sensu. Bien sûr, il est intéressant de découvrir cette autre Seconde Guerre Mondiale, dont aucun livre « classique » ne parle, et qui nous révèle à quel point Hitler ne fut probablement que le jouet de forces qui le dépassaient. Une autre Histoire, dans laquelle le fascisme devient un « moment » dans l’histoire du capitalisme, et faillit être aussi un « moment » dans celle du socialisme. Une Histoire où, au lieu de nous bassiner avec les niaiseries de circonstance, on nous parle des vraies forces en présence. C’est intéressant, bien sûr.

Mais ce n’est pas ça, je crois, le plus intéressant.

Pour moi, le bouquin d’ALR devient fascinant si l’on joue à transposer les forces qu’elle évoque, concernant les années 30, dans les années 2010 qui s’ouvrent devant nous. Car ces forces, c’est évident, existent toujours. Il y a toujours des « 200 familles » - même si, aujourd’hui, c’est plus compliqué, le Capital ne cesse de muter, à une vitesse hallucinante. Il y a toujours aussi cette question lancinante : comment le capitalisme peut-il surmonter sa contradiction interne ? Que faire pour contrebalancer la loi du rendement dégressif ? Comment maintenir le taux de profit dans un environnement où l’accumulation inégalitaire du Capital rend impossible l’expansion du marché à hauteur des investissements ? Et donc il y aura, certainement, toujours, comme il y a 70 ans, la tentation de la déflation salariale – et donc de l’écrasement des classes dominées. Et donc : le fascisme.

C’est là que la lecture d’ALR est instructive. Dans les années qui viennent, il sera bon de garder en tête l’histoire qu’elle raconte sur les années 1929-1939. Parce que si tout se passe logiquement, nous devrions vivre, dans la décennie qui vient, la reproduction mutatis mutandis d’une grande partie de ce qu’elle a décrit. Il est encore trop tôt pour dire, de manière catégorique : « le libéral-étatisme à la Chinoise fascinera les élites occidentales, et servira de modèle à des régimes de moins en moins démocratiques », mais il est en revanche déjà assez tôt pour dire… que nous risquons de pouvoir le dire bientôt.

Écrit par : huzun | 30/12/2008

A huzun,

Dans toutes les crises , c'est le peuple qui paye...
On remarquera d'ailleurs que dans la crise que nous vivons, il n'y a ni responsable ni coupable et l'on parle uniquement de réguler un systeme...pas de restituer l'argent...
Ce qui est pris n'est plus à prendre....
Promettre, promettre jusqu'à mettre...
Une fois que tu as mis
plus rien de ce que tu as promis....

Écrit par : necronomie | 31/12/2008

à nécronomie :
nécronomie = porte

à telecaster Man :
Leap = ciment

à huzun :
annie lacroix-riz = textes fondateurs



bon, ben le bâtiment se construit...!


....et quand le bâtiment va....!

bon réveillon

Écrit par : rien | 31/12/2008

mon texte non plus n'est pas passé.......... :-(

tant pis, je persiste et signe :


à nécronomie :
nécronomie = porte

à telecaster Man :
Leap = ciment

à huzun :
annie lacroix-riz = textes fondateurs


bon, ben, petit à petit, l'édifice s'érige....

................et quand le bâtiment va........


bon réveillon



ps à huzun : pas besoin de demander ce qu'on t'a offert pour noël.........!

Écrit par : rien | 31/12/2008

Moi je crois que tout va s'arranger en 2012, la crise ça sert juste a purifier l'impur.
Quand ça marche pendant 50 ans ça marche encore pour 50 ans, simple question de dualité des périodes.

Écrit par : Jacques | 31/12/2008

@Rien
Non. l'ouvrage d'ALR, je me le suis offert :o)

Par contre, j'ai reçu le livre "The Black Swan" de Nassim Nicholas Taleb. Voir http://en.wikipedia.org/wiki/The_Black_Swan_(book)
Très bien également.


Bonne fêtes à tous/toutes

Écrit par : huzun | 31/12/2008

Merci Jean-Pierre je te promets de l'embrasser dés ce soir :-)) . En ce qui concerne la réponse que j'ai donnée à Jacques...bah tu as surement raison n'étant pas mais alors pas du tout économiste (et ça fait quelques annuités que j'ai arrêté d'user mon cul sur les bancs de la fac) de par ma formation ni ma profession (je fais un drole de job lol mais pas un job drole). Le site LEAP à défaut de le comprendre dans son intégralité est celui qui me semble aller dans le même sens que toi...seulement Necronomie reste largement mon super chouchou (rires), surement aussi parce qu'ici se réunissent des pros (comme toi) et des profannes (comme moi). En ces temps de fètes difficiles je me permets de porter un toast au site, à son créateur, à sa dame et aux potes.
De l'enfer...!

Telecaster-man.

Écrit par : gabryhell94 | 31/12/2008

A Huzun,

Depuis plusieurs années, je repete à qui veut l'entendre que ce sont les banlieues qui nous sauveront....(elles amènent un vrai rapport de force...plus puissant que les manifestations)
35 000 policiers ce soir par exemple pour assurer un cadre festif sécurisé...



si la France ne s'était pas diversifiée alors peut être aurions nous pu assister à un retour du fascisme (d'ailleurs nous n'en sommes pas passé loin...) mais les petits frères des banlieues ne se soumettront pas au liberal étatisme...d'ailleurs au vu de mon experience chinoise de deux ans, je peux te dire que je ne m'y soumettrai pas non plus...Je préfere marcher debout...

Écrit par : necronomie | 31/12/2008

à votre avis, dans quels secteurs voire entreprises le chomage touchera le moins ? moi je pense que les banques s'en sortiront bien grâce aux soutiens de l'état francais, style la bnp et la sg

Écrit par : tighoul | 31/12/2008

A Tighoul,

Sécurité des biens et des personnes, recouvrement...+ 300%

Début Janvier, je publierai un calendriers des evenements à venir....

Écrit par : necronomie | 31/12/2008

j'en profite avant de ne plus pouvoir claviotter... bonne fiesta amigos ! j'ai le vendange tardive et les dents du fond qui baignent ... limite monty pyton ! Amitiés à vous tous.
jp des vosges

Écrit par : jph | 31/12/2008

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