29/07/2008

le neuvième cercle de l'enfer économique

Special dedicace à Jacques

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Deux stratégies s’affrontaient autrefois, dans le combat que le capitalisme livre à lui même :
La première à l’exemple des USA laissait librement proliférer la valeur d’échange et la course à l’argent.
La seconde (social libéralisme que vient juste de découvrir le PS en France) visait à contrôler l’accumulation du capital et à le restituer en partie à la société.
Les deux ont échouées et le passage de l’une a l’autre à l’image de Freddie et Fannie (organismes de financement de l’immobilier) aux USA est voué à l’échec et n’a rien rien à voir avec le pragmatisme si ce n’est essayer de faire tourner une roue carré en nationalisant les pertes au frais du contribuables.

Il n’y a à terme plus d’autres solutions pour la masse financière en expansion accélérée par les pays émergents que l’anéantissement, soit par la déflation et l’effondrement des cours artificiellement gonflés, soit la reconversion de ce capital en nouveau mode de production et de consommation durable ce qui prendra plusieurs années et n’est pas certain d’être approuvé par des populations persuadées que la croissance est infinie.

Les tensions à l’ OMC nous démontrent à quels points, l’ angoisse des sociétés occidentales si fières de leur spectaculaires niveau de vie rameute pour un tour de piste éphémère, les valeurs mortes du passé comme le protectionnisme.

Protectionnisme et religion (politique de civilisation)


Car si l’on veut parler de religion, tel Vigile guidant Dante (la divine comédie) dans les cercles de l’enfer nécronomique, nous pénétrons aujourd’hui dans le neuvième cercle, le dernier…
Le profit a court terme détermine un point concentrique d’ou se règle la distance de notre horizon et celle ci se raccourcit de jour en jour tant il s’agit avant tout de rogner sur les échéances.
Krach rampant ou Krach lent tel qu’on le définit aujourd’hui aux USA.
L’économie est rentrée en phase d’implosion lente.
Tel est aussi l’état prévisible de ceux qui ont abandonnés leur existence à l’économie qui repose sur la confiance.
Les endettés du profit et de la valorisation ne survivront pas ou difficilement.

Le souffle vivifiant du commerce international qui avait aéré le monde vient de se refermer.
Aucun pays n’annonçant de nouveaux monde de production ou de consommation.
Il nous faut désormais acquiescer au sort suicidaire qui nous est fait et par lequel une économie en dépérissement nous enjoint de dépérir avec elle.
Bienvenue dans la Très grande dépression et la perte du bonheur dans les démocraties de marché.

Commentaires

A quand le nécromarketing ?

A comprendre une nouvelle forme de marketing qui, au lieu de pousser les gens à consommer n’importe quoi n’importe quand, permettrait aux consommateurs que nous sommes de gérer intelligemment nos ressources (financières ou naturelles).

Le développement durable c’est bien gentil mais il n’en reste pas moins un outil marketing justement fait pour consommer plus…quand à consommer mieux, je ne suis pas certaine que l’objectif soit atteint.

L’état des lieux économique est très intéressant et les débats de ce blog d’un autre niveau que les émissions TV…

Mais si tout s’écroule ?! L’économie fonctionne avec la consommation, rien à redire sur le sujet (encore que cela n’est qu’une vision poussée à l’extrême par ces années folles liées aux 35h (consommez des week-ends et des voyages) et les facilités de crédit (consommez tout et n’importe quoi et surtout, soyez à la mode…de qui de quoi ?).

Finalement, mis à part brosser un état de l’art, kardesim arrête moi si je me trompe, JPC brosse aussi un tableau de l’état de nos sociétés. Vos commentaires sur le précédent post sont d’ailleurs assez édifiants à ce sujet. Effectivement, c’est calme, effectivement, les gens vont se prendre le retour du boomerang lancé si violement ces dernières années alors qu’ils n’auront même pas eu le temps de décharger leurs voitures à la fin des congés…Et c’est tout ?!

L’impression que j’ai aujourd’hui c’est que chacun étant habitué à regarder son nombril depuis un certain temps, plus personne ne lève les yeux pour voir ce qui se passe chez le voisin. Pire, tout le monde râlant depuis un certains nombre d’années et criant au loup à la moindre alerte concernant le retrait de leurs petits privilèges, personne ne l’a ramené ces derniers jours lors des votes notamment sur le temps de travail…Ah, c’est vrai, les votes ont eu lieu pendant les congés…Personne n’a le droit de toucher aux congés…J’aimerais bien voir l’année prochaine, quelle chanson sera poussée sur les plages de Méditerranée…Beaucoup moins bruyante à mon avis…

…A moins que cela ne soit dû aux premiers effets de l’étranglement économique exercé sur la ménagère…Peut-être préfère-t-elle désormais que son cher mari bosse plus pour gagner…(ça on verra aussi en 2009).

Le nouvel homme n’existe pas comme vous le dites si bien mais force est de constater que l’attentisme d’un côté et le gène de la manif de l’autre saupoudré d’égoïsme nous ont assez mal réussis…Alors si la TGD pouvait au moins nous donner une bonne leçon et nous rendre moins cons…

Amitié à la nécronomie,

Aparté à JPC : Ta réflexion concernant la natalité est assez juste. Je me sentirais coupable d’avoir un enfant en ce moment, ce ne serais que de l’égoïsme…Je ne veux pas élever un môme dans l’ambiance actuelle en sachant pertinemment que le climat se dégrade d’année en année…Espérons que je change d’avis avant la ménopause ;)

Écrit par : workaolic | 29/07/2008

A l'opposé de certains (la majorité ?) d'entre-vous, je suis plutôt heureux de vivre cette période.

En effet, elle est riche d'opportunités de réveil.

Car il y a et aura de plus en plus de banqueroutes. Des banqueroutes financières evidemment mais également des banqueroutes morales, sentimentales, intellectuelles, etc.

L'explosion des structures, crédos, dogmes, couramment acceptés et jamais remis en cause, qui maintenaient les/nos univers mentaux bien fermés, va ouvrir de nouvelles perspectives.

Bien evidemment, et comme toujours, seule une infime minorité y verra (et seulement après coup) une opportunité : une période pour expérimenter le "Γνῶθι σεαυτόν" "Connais-toi toi même"

Une opportunité de réveil personnel. On s'apercevra alors avec étonnement du caractère mécanique et figé de nos anciens automatismes, car nos reflexions, nos actions, nos sentiments ne sont le plus souvent que des programmes activés par telle ou telle situation.

Des jukebox humains en quelque sorte :o) ... incapables d' "Etre"

Écrit par : Huzun | 29/07/2008

c'est le peuple qui vous parle:

c'est pas pres de changer, on va la griller jusqu'au bout la derniere goutte de petrole, on est "tous" comme des fumeurs qui essaient d'arreter !
on sait que c'est mal mais on continu, tous accrocs

en meme temps avons-nous aujourd'hui beaucoup de moyens pour changer les choses.

vous me direz par le vote ! (euh c'est juste pour rire laissez moi continuer)
on a bien vu ce qui c'est passé avec le referendum

par la violance ! chose que je condamne
on a vu les emeutes en france sur tous les medias qui expliquaient qu'il fallait combattre la "racaille"
chose que les petits vieux n'ont toujours pas compris pourquoi tous ces arabes et noirs etaient aussi énervés
naissance du conflit générationnel
je site un exemple:
"m'enfin ils vont jusqu'a detruire une creche ces sauvages"

par la manif
il y a en a eu tellement que plus personnes n'y prete attention, c'est tout juste si tu te fais pas engueuler par les taxis

par le changement de pensées au niveau de la population
d'un pays ou plus si affinitées
la, je dis on est mal barré elle est ou la solidarité ?
hein qu'est ce que vous dite ? solidarité ?

je reste sec

Écrit par : phz | 29/07/2008

A Huzun,

Personnellement, je suis aussi dans ce cas.
Cela provient peut être du fait que je vis
à Istanbul qui est le berceau de l'huzun.
J'invite d'ailleurs au passage à decouvrir
l'oeuvre d'Orhan Pamuk qui décrit merveilleusement ce sentiment collectif
difficilement traduisible en Français.
Huzun est le mot clef de l'époque.

Écrit par : necronomie | 30/07/2008

Istanbul .... c'est ...

L'odeur de la mer mêlé à la sueur rance, le skaï surchauffé du taxi Tofas dans les embouteillages gargantuesques, le barbier accueillant qui prodigue tchaï, massage et cigarette, l'eau de Cologne empestant sur son visage fraîchement rasé, le bakal du dimanche avec des journaux people au kilo entourant un énorme pain frais et des tomates, le plaisir de rouler sur la route du Bosphore en revenant de Sariyer au petit matin, le raki à n'importe quelle heure, les mézzés qui se renouvellent à l'infini, interminables et qui n'en finissent pas, comme si il n'y avait plus rien, plus rien après cette nuit, le regard du vieil homme qui recharge le briquet au milieu d'Istiklal, les cafés cachés dans les ruelles, la fumée des cigarettes au café du midi, assis sur des tabourets pour nains , les anciens/nouveaux riches explosant pots d'échappement et bas de caisse de leur Ferrari dans les nids de poule de Maslak, les putes ukrainiennes ou ouzbèkes, magnifiques comme des princesses mongoles, les papiers gras et les sacs de plastique au milieu des forets attenantes, la férocité des supporters de foot égorgeant des hooligans anglais, stupides et présomptueux, la schizophrénie des jeunes femmes et jeunes gens, ultra-modernes la semaine et traditionnels le week-end en rentrant dans leur famille, les couples et les amis se tenant par la main, la foule grondant contre un vendeur qui vient de filer une baffe à un enfant qui tentait de le voler, le voleur dans le bazar, heureux d'échapper au lynchage de commerçants et tiré par les cheveux par des policiers goguenards, le serveur qui te "vend" son gâteau au chocolat en te disant que c'est du tiramisu italien, le teinturier à Tepebase qui a vècu à Marseille et qui te raconte le mariage de sa fille et t'engueule gentiment si tu ne prend pas le café avec lui dans sa boutique au moins un fois par semaine au milieu des odeurs de trichloréthylène, les chats pouilleux et errants, les chiens faisant la sieste au soleil, les glissades du taxi en hiver quand il essaye de descendre les collines, la neige sur le bosphore, les mouettes qui s'échouent sur ton balcon, les klaxons continuels, la gadoue qui tache tous tes pantalons tout l'hiver, et tellement d'autres choses mais surtout, ... surtout des hommes et des femmes qui sont vivants, qui accueille l'étranger comme s'il avait toujours fait partie du cercle de leur vie, ..... bref des amis, des amies et parfois des amours.

Pour les ceux qui ne connaissent pas, et pour se mettre dans l'atmosphere ... on pourra, avec profit, écouter des musiques "mélées" comme "Istanbul" du groupe "Orient Expressions" (ou des artistes comme Angelika Akbar ou bien encore Candan Erçetin)

Huzun ....

Écrit par : Huzun | 30/07/2008

je n'ai rien de plus à ajouter...
Pour te situer , je vis à Cihangir...
A+

Écrit par : necronomie | 30/07/2008

Merci JPC pour la dédicace je suis flaté.

Sinon j'ai pas grand chose a rajouter , a part que je suis entièrement d'accord avec ce que tu dis, particulièrement sur le profit a court terme , en fait j'arrivais pas a mettre un mot sur le fait qu'on manquait de grosses innovations a l'ancienne qui boulversaient toute la société, mtn c'est fait.


En ce qui concerne l'attentisme ambiant, je penses qu'il faut laisser aux graines le temps de germer tranquillement parce que le sol est moins fertile qu'avant... mince il pleut meme pas assez, c'est la sécheresse! Elles vont jamais prendre !!!

Par contre huzun je crois qu'il ne faut pas etre content de connaitre la TGD, tu connaitra peut etre des choses dont tu te serais passé et je penses au contraire que des périodes comme les années 50 60 et début 70 sont pus riches en enseignements et en opportunités car elles humanisent fortement la pensée humaine (j'ai pas connu ça mais c'était le temps des hippies et autres soixantuitards).

Pour finir je me demande bien comment les pays émergents vont gérer cela (surtout la chine,75 % du PIB provient du commerce).

Pour finir vraiment ,comment pensez vous que les Etats démocratiques ( ou pas ) doivent ils faire pour accompagner la crise sans trop de casse ?du social du répréssif ? ou un grand projet national qui mobilise toutes les forces (lol).

Merci a+

Écrit par : Jacques | 31/07/2008

@Jacques

>Par contre huzun je crois qu'il ne faut pas etre content de connaitre la TGD,
Peu importe ce que tu penses et/ou ce que je pense .... les choses sont. Et la TGD en fait partie.

>tu connaitra peut etre des choses dont tu te serais passé
Tout ce qui est, m'intéresse ... je vis dans la réalité et j'espère vivement vivre pleinement cette période à venir avec ces plaisirs et ses douleurs

>et je penses au contraire que des périodes comme les années 50 60 et début 70 sont pus riches en enseignements et en opportunités car elles humanisent fortement la pensée humaine (j'ai pas connu ça mais c'était le temps des hippies et autres soixantuitards)
C'est ton opinion.
La nostalgie est une jolie musique aguicheuse et lancinante pour l'âme ;o) .... surtout celle de période que l'on n'a pas vécue :o)
Pour ma part, je ne sais pas comment vivre dans un passé révolu ni dans un futur hypothétique mais uniquement dans cette bonne vieille réalité.
Pour le fun ? Une relecture "La Dent d'Or" de Fontenelle ?

Fontenelle, Histoire des oracles, Première dissertation, chapitre IV (1687).

Assurons-nous bien du fait, avant que de nous inquiéter de la cause. Il est vrai que cette méthode est bien lente pour la plupart des gens, qui courent naturellement à la cause, et passent par-dessus la vérité du fait, mais enfin nous éviterons le ridicule d'avoir trouvé la cause de ce qui n'est point.

Ce malheur arriva si plaisamment sur la fin du siècle passé à quelques savants d'Allemagne, que je ne puis m'empêcher d'en parler ici.

En 1593, le bruit courut que les dents étant tombées à un enfant de Silésie, âgé de sept ans, il lui en était venu une d'or, à la place d'une de ses grosses dents. Horstius, professeur en médecine dans l’Université de Helmstad, écrivit en 1595 l'histoire de cette dent, et prétendit qu'elle était en partie naturelle, en partie miraculeuse, et qu'elle avait été envoyée de Dieu à cet enfant pour consoler les Chrétiens affligés par les Turcs. Figurez-vous quelle consolation, et quel rapport de cette dent aux Chrétiens, ni aux Turcs. En la même année, afin que cette dent d'or ne manquât pas d'historiens, Rullandus en écrit encore l'histoire. Deux ans après, Ingolsteterus, autre savant, écrit contre le sentiment que Rullandus avait de la dent d'or, et Rullandus fait aussitôt une belle et docte réplique. Un autre grand homme nommé Libavius ramasse tout ce qui avait été dit de la dent et y ajoute son sentiment particulier. Il ne manquait autre chose à tant de beaux ouvrages, sinon qu'il fût vrai que la dent était d'or. Quand un orfèvre l'eut examinée, il se trouva que c'était une feuille d'or appliquée à la dent avec beaucoup d'adresse; mais on commença par faire des livres, et puis on consulta l'orfèvre.
Rien n'est plus naturel que d'en faire autant sur toutes sortes de matières. Je ne suis pas si convaincu de notre ignorance par les choses qui sont, et dont la raison nous est inconnue, que par celles qui ne sont point, et dont nous trouvons la raison. Cela veut dire que non seulement nous n'avons pas les principes qui mènent au vrai, mais que nous en avons d'autres qui s'accommodent très bien avec le faux.


>Pour finir je me demande bien comment les pays émergents vont gérer cela (surtout la chine,75 % du PIB provient du commerce).

Quelque soit la suite des évènement, la Chine se retrouve maintenant dotée d'un outil industriel et d'infrastructures bien utiles à son développement ultérieur. Bien joué !
Leur pragmatisme devrait faire le reste.

Écrit par : Huzun | 31/07/2008

d'accord c'est pas faux.

Écrit par : Jacques | 31/07/2008

Tout-à-fait d'accord avec Huzun sur son premier post.
Sauf par rapport à la chronologie du réveil. Les prémices
d'y-celui sont apparus durant les années nonante.

Μηδέν Άγαν (Mêden Agan) "Ne fait rien d’excessif ";
autre commandement de Delphes, point à la mode.

"La nécro, c'est trop; peu de mazout, c'est trop chou"

Écrit par : Vincent 1er Jedi | 04/08/2008

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